Complexité des liens qui relient les risques psychosociaux à la souffrance (ou mal être) au travail

Je vais essayer dans cet article d’expliciter les liens complexes qui existent entre les risques psychosociaux et la souffrance / le mal être au travail.

Les risques psychosociaux font  référence aux conditions de travail. Ils sont susceptibles d’interagir avec le fonctionnement psychique des salariés et d’impacter leur santé mentale. Ils sont directement liés à l’organisation du travail et aux relations de travail. Le modèle (assez consensuel) de Gollac propose 6 familles de facteurs de risques psychosociaux : Intensité du travail et temps de travail, Exigences émotionnelles,  Autonomie (marges de manœuvre), Rapports sociaux au travail, Conflits de valeurs et  Insécurité de la situation de travail.

La souffrance au travail désigne un état de mal‑être émotionnel et mental, durable ou intense, en lien avec le travail. Il fait référence à un vécu subjectif douloureux, individuel ou collectif.

Lorsque l’on s’intéresse aux liens entre risques psychosociaux et souffrance (ou mal être), je constate 2 écueils principaux du coté des organisations.
Le premier est la psychologisation de la souffrance ressentie. Elle consiste à expliquer le  vécu subjectif dégradé essentiellement par des caractéristiques personnelles (fragilité, manque de résilience, problèmes personnels). Cette vision occulte donc les déterminants collectifs et organisationnels, qui participent à la souffrance ressentie.
Le second écueil est le causalisme. Il consiste à réduire la souffrance à une cause unique ou linéaire (un manager, une réorganisation, un conflit de valeur), comme si un lien direct et simple reliait un événement et un état psychique singulier. Cette approche totalement collective, laisse de côté la multiplicité des vécus subjectifs individuels, et la complexité de leurs déterminants socio-psychiques.

La souffrance( ou mal être) au travail se situe sur un nœud socio-psychique, c’est-à-dire au point de rencontre entre un environnement de travail collectif, porteurs de facteurs de risques psychosociaux et un individu singulier.
Elle résulte d’une intrication complexe entre des éléments sociaux, organisationnels, économiques, psychiques et idéologiques ( je reprends sur ce point les propos de Vincent de Gaulejac dans son ouvrage « Travail : les raisons de la colère »).
Autrement dit, le mal être évoqué par un sujet est lié à son travail mais ne peut être réduit à celui-ci ; d’autres facteurs interviennent (économiques, sociaux, personnels). C’est d’ailleurs pour cela que tous les salariés ne souffrent pas nécessairement d’une même situation de travail. Et, qu’il y a de la diversité dans le niveaux de souffrance ressentie.