La définition du burn out ne fait l’objet d’aucun consensus scientifique. Il existe en effet une grande diversité de modèles, témoignant de la complexité de ce concept. Chacun d’eux nous apporte des éléments précieux pour appréhender les symptômes et les processus spécifiques au burn out.
Freudenberger : le précurseur
Herbert Freudenberger est le premier à avoir formalisé un modèle sur le burn out dans les années 1970, à partir de l’observation du personnel volontaire des Free Clinics à New York.
Il définit le burn out comme un syndrome caractérisé par état d’épuisement psychique et physique, et accompagné d’une perte progressive de motivation pour son travail. Il constate qu’il survient la plupart du temps chez les professionnels très investis et dotés d’idéaux élevés.
Pour lui, cette usure est liée au surinvestissement professionnel et au stress quotidien du travail, mais également au décalage entre des idéaux élevés et une réalité opérationnelle plus difficile.
Maslach : le modèle tri dimensionnel, à l’origine du MBI
La conception du Burnout la plus répandue est issue des travaux de Cristina Maslach, chez les professionnels de la relation d’aide (soignants, enseignants)
Pour elle, le burnout est un syndrome psychologique lié au travail, caractérisé par trois dimensions principales : épuisement émotionnel, dépersonnalisation et baisse d’accomplissement personnel.
L’épuisement émotionnel est présenté comme la dimension centrale du BO. Il résulte d’une exposition à un stress chronique au travail et à des exigences émotionnelles élevées (“people work”). Il se traduit par un sentiment de fatigue intense, une perte d’énergie et une dégradation de ses ressources affectives.
La Dépersonnalisation (ou cynisme) correspond à une attitude négative, détachée, et froide envers les individus de son environnement professionnel (malades, collègues,…). Elle s’accompagne d’une perte progressive de sens dans la relation à l’autre, qui devient impersonnelle voire hostile.
La Baisse d’accomplissement personnel se traduit par un sentiment d’inefficacité, de démotivation, et d’échec dans la réalisation professionnelle. Le travailleur se sent moins compétent, voit ses réussites de façon négative, et éprouve une perte d’estime de soi dans le contexte professionnel.
Pour Maslach, le burnout n’est donc pas réductible à l’épuisement : il doit être saisi comme la combinaison variable de ces trois dimensions, qui peuvent évoluer indépendamment.
Parallèlement, Maslach a développé un outil de de diagnostic du burn out : le Maslach Burnout Inventory (MBI). Cet outil a pour but à partir de 22 items répartis dans les 3 dimensions de burn out (épuisement émotionnel, dépersonnalisation et réduction de l’accomplissement personnel), d’objectiver l’intensité et le profil du burnout. Il est aujourd’hui l’outil le plus utilisé pour mesurer le burnout professionnel ; et ce même s’il n’est pas exempt de limites ni de critiques méthodologiques (exemple : pas de distinction entre burnout et dépression).
La définition centrée sur les symptômes
Plus récemment, certains auteurs (De Witte, Schaufeli, Dsart,) ont formalisé une nouvelle définition du burnout axée sur sa symptomatologie.
Les quatre symptômes principaux du BO sont :
- l’épuisement physique et psychologique ;
- la distanciation mentale du travail via un retrait mental ou physique (ex : attitude detachee envers le travail) ;
- une perte de contrôle cognitif caractérisée notamment par problèmes de mémoire ou de concentration ;
- une perte de contrôle émotionnel à l’origine des réactions émotionnelles exacerbées, voire dysrégulée.
La tension nerveuse (le stress) est également présent dans les BO. De plus, trois symptômes secondaires sont identifiés : l’humeur dépressive, la souffrance psychologique et les plaintes psychosomatiques.
Ces symptômes s’inscrivent dans une certaine temporalité. Le BO commence par une perte d’energie et se poursuit par la distanciation mentale, qui permet au travailleur de se protéger.
Le burn out vu selon un cycle temporel
Un dernier courant (C. Leclercq and I. Hansez) considère le burnout comme un processus dans lequel les symptômes et comportements du travailleur évoluent au cours du temps, témoignant d’une dégradation progressive de sa relation au travail.
Au cours de la première phase (stade 0) l’enthousiasme idéaliste, le travailleur est mue par un idéal professionnel élevé. Il perçoit son travail comme une source d’accomplissement et de satisfaction majeurs ; et s’y engage sans limite avec enthousiasme et passion.
La seconde phase (stade 1) appelée « fragilisation de l’idéal » survient lorsque le travailleur se confronte à la réalité du travail, ainsi qu’à ses premières difficultés et insatisfactions professionnelles (échecs dans un dossier malgré un sur-investissment, sentiment de manque de reconnaissance). Il commence alors à ressentir des tensions et des doutes en raison de l’écart qui existe entre ses attentes idéalistes élevées et une réalité professionnelle moins onirique. Pour autant, le surinvestissement perdure.
Le troisième stade, « le retrait protecteur », marque un basculement. Le travail devient en effet une source de souffrance. Le travailleur est confronté à l’apparition de symptômes cliniques (irritabilité, fatigue, troubles cognitifs et somatiques). Sur le plan subjectif, il vit de la désillusion et une dégradation de l’estime de soi. Ses difficultés professionnelles envahissent sa sphère privée, avec notamment une dégradation des relations sociales.
Pour faire face à la situation et s’en protéger, se développe chez lui des mécanismes de défense (cynisme, isolement, désengagement relationnel).
Le dernier stade, le burnout avéré, est caractérisé par l’effondrement physique ou psychique du travailleur. Il survient après un incident critique ou une accumulation d’évènements négatifs.
Différents symptômes sont associés à cette phase : crise d’angoisse, incapacité à travailler, sentiment de honte et d’échec, remise en cause de l’identité professionnelle. Elle peut aussi être associé à un état dépressif.